Pourquoi les chiens et les humains s’aiment-ils autant?

Les chiens, ces compagnons fidèles et affectueux, occupent une place unique dans nos vies; que ce soit en tant que membres à part entière de la famille, partenaires de jeu ou confidents silencieux. Mais pourquoi cette relation est-elle si particulière?

L’histoire des chiens et des humains démontre que les deux espèces cohabitent depuis des millénaires, tissant un lien qui semble défier le temps. Mais est-ce le fruit du hasard, une simple relation symbiotique, ou existe-t-il une véritable connexion émotionnelle entre les deux espèces?

Les humains comprennent les chiens

Vous comprenez le langage du chien beaucoup mieux que vous ne le pensez. Vous ne pouvez pas le parler couramment, car cela nécessiterait d’être un chien. Mais vous pouvez distinguer un jappement nerveux d’un grognement menaçant, un aboiement qui signifie bonjour d’un aboiement qui vous demande de le laisser tranquille. Vous pouvez lire son langage corporel qui dit qu’il est heureux, triste, fatigué ou encore qu’il a peur, qu’il vous supplie de lui donner quelque chose ou de jouer avec lui!

Si vous pensez que ça ne signifie rien de particulier, dites-moi… à quoi ressemble un oiseau heureux ou un lion triste? Vous ne le savez pas? Pourtant, vous êtes capable de le savoir quand il s’agit du chien et encore plus quand ce chien est le vôtre. 

Comme pour votre langue maternelle humaine, vous n’avez pas eu à vous forcer pour apprendre le langage du chien. Cela s’est produit tout naturellement puisque nous grandissons dans un monde où les chiens sont omniprésents.

L’histoire et l’évolution de la relation entre chiens et humains

L’origine de la relation entre les chiens et les humains

Quand cette relation a-t-elle commencé? Eh bien, personne ne le sait vraiment! Les traces les plus anciennes d’humains et de chiens enterrés ensemble remontent à 14 000 ans, bien que certaines découvertes non confirmées suggèrent que cela pourrait être encore plus ancien. Ce qui est certain, c’est que ces découvertes témoignent d’une chose essentielle : nos ancêtres ont non seulement vécu aux côtés des chiens, mais ont aussi choisi de leur faire une place dans leurs rites funéraires.

Les chiens ont toujours occupé une place particulière dans nos vies, comme en témoignent les nombreuses légendes et récits populaires. En Afrique, on raconte l’histoire de Rukuba, le chien qui a apporté le feu aux humains. Les Gallois, quant à eux, nous ont transmis la légende de Gelert, le chien fidèle qui sauva le bébé d’un prince des griffes d’un loup. Au fil du temps, cette relation a évolué : les aristocrates ont commencé à inclure leurs chiens dans les portraits familiaux, et certains riches excentriques ont même choisi de les mentionner dans leurs testaments, prouvant ainsi l’importance de ces compagnons à quatre pattes dans leur vie.

S’agit-il d’une question génétique?

Il y a plusieurs millénaires, nos ancêtres ignoraient encore l’existence des gènes. Toutefois, ils avaient remarqué que, de temps en temps, des charognards de taille moyenne au long museau s’approchaient de leurs feux de camp, les observant avec curiosité et un grand besoin d’affection. Il était alors bien difficile de leur résister. Ainsi, ils les ont accueillis pour les protéger du froid et ont commencé à les appeler « chiens », tandis que certains de leurs parents proches qui ne possédaient pas ce « bon gène » — ceux que nous finirons par appeler loups, chacals, coyotes ou dingos — ont été laissés à eux-mêmes, devant se débrouiller dans la nature.

S’agit-il simplement d’une relation symbiotique?

La relation symbiotique implique que la survie de deux espèces dépend de leur association. Prenons l’exemple des requins et des poissons rémoras : ces derniers débarrassent le requin de ses parasites et, en échange, ont accès aux restes des poissons qu’il mange. Cette alliance est purement transactionnelle.

Dans notre propre cas, nous avons des chevaux pour le travail, des vaches pour leur lait, des poules pour leurs œufs et des cochons pour leur viande. Si l’on applique ce principe aux chiens, on pourrait dire qu’ils chassent pour nous, tandis que nous les nourrissons et les gardons au chaud en retour… mais la réalité est bien différente.

À un moment de notre histoire, lorsque les humains ont quitté la nature, l’alliance avec les chiens aurait pu se dissoudre. Nous n’avions plus besoin d’eux pour travailler ou nous protéger. Pourtant, nous avons continué à leur fournir nourriture et abri, sans obtenir grand-chose en retour, à part… leur affection. À ce moment-là, il n’était plus question d’un échange de services : un lien émotionnel plus profond s’était créé.

L’origine du mot « chiot »

Même notre langue reflète la profondeur de notre affection pour les chiens. En effet, le mot « chiot » aurait été adapté du mot français « poupée » — un objet auquel nous prodiguons une affection irrationnelle.

Pourquoi les chiens aiment-ils leur maître?

L’hormone de l’amour

L’ocytocine, une hormone clé dans le développement de la confiance et de l’empathie chez l’humain, joue également un rôle fondamental dans la relation entre un chien et son maître, comme l’ont révélé des recherches récentes.

Comment l’ocytocine affecte-t-elle le lien humain-chien?

Une étude menée par Takefumi Kikusui, chercheur à l’université Azabu au Japon, a démontré qu’un simple contact visuel entre un chien et son maître entraîne une augmentation du taux d’ocytocine chez les deux. La sécrétion d’ocytocine, aussi appelée hormone de l’amour, est responsable de la création du lien affectif entre un chien et son maître. Ce phénomène s’apparente à celui d’une mère qui regarde son enfant avec tendresse.

L’hypersociabilité chez chien

En 2009, la généticienne Bridgett von Holdt, à l’université de Californie à Los Angeles, a révélé qu’une mutation génétique chez les chiens serait responsable de certaines caractéristiques comportementales similaires à celles observées chez les personnes atteintes du syndrome de Williams, un trouble associé à une hypersociabilité marquée.

Clive Wynne, directeur du laboratoire des sciences canines à l’université d’État de l’Arizona, aborde l’hypersociabilité du chien dans son ouvrage Dog is Love. Il souligne que les chiens, tout comme les humains atteints du syndrome de Williams, cherchent activement à établir des liens affectifs profonds et à créer des relations sociales chaleureuses.

La place du chien dans nos vies aujourd’hui

De nos jours, et particulièrement dans les zones habitées par les humains, le chien est le carnivore terrestre le plus répandu sur la planète, avec environ 900 millions d’individus dans le monde. Le chien domestique — Canis lupus familiaris — a donné naissance à des centaines de races, sélectionnées en fonction de critères tels que la taille, le tempérament, la couleur et les caractéristiques physiques.

Le propriétaire moyen dépense plus de 2 000 dollars par an pour nourrir, divertir et soigner son chien, et certains n’hésitent pas à investir encore davantage pour leur compagnon à quatre pattes. Le lien entre un chien et son maître est plus fort que jamais. Lors de l’ouragan Katrina en 2005, de nombreuses personnes ont refusé d’évacuer La Nouvelle-Orléans sans leurs chiens, malgré les dangers. Cela a poussé l’adoption d’une législation exigeant que des plans de préparation aux catastrophes soient mis en place pour protéger les animaux domestiques lors de situations d’urgence.

Conclusion : une véritable histoire d’amour!

Ce qui a peut-être commencé comme un échange mutuel de services ou même une relation symbiotique entre deux espèces très différentes est devenu bien plus : une véritable histoire d’amour (ou peut-être aussi l’expression d’un syndrome d’hypersociabilité chez le chien).

Les chercheurs se sont penchés sur ce phénomène, en étudiant les aspects comportementaux, génétiques et hormonaux du lien émotionnel entre les chiens et les humains. L’un des éléments clés de cette relation est l’ocytocine, l’hormone de l’amour, qui joue un rôle essentiel dans le développement de la confiance et des liens affectifs. En effet, des études ont démontré que le simple échange d’un regard entre un chien et son maître peut entraîner une libération de cette hormone, renforçant ainsi la relation entre eux.

Il reste encore beaucoup à découvrir sur les mécanismes de l’amour! En effet, l’amour touche rarement les parties du cerveau responsables du raisonnement. Il touche les parties rêveuses et sensibles que nous appelons parfois le cœur. C’est là que nos chiens ont trouvé leur place il y a des milliers d’années… c’est aussi là qu’ils continueront de vivre pour encore plusieurs autres!

1 Nagasawa M, Mitsui S, En S, Ohtani N, Ohta M, Sakuma Y, Onaka T, Mogi K, Kikusui T., Oxytocin-gaze positive loop and the coevolution of human-dog bonds. Science 348, 333-336 (2015). Disponible à l’adresse https://www.science.org/doi/10.1126/science.1261022 
2 vonHoldt, B., Pollinger, J., Lohmueller, K. et al. Genome-wide SNP and haplotype analyses reveal a rich history underlying dog domestication. Nature 464, 898–902 (2010). Disponible à l’adresse https://doi.org/10.1038/nature08837